Une maladie qui fait rougir... : Wellness & Santé Magazine N°35, Hiver 2009/10

Une maladie qui fait rougir…

Propos recueillis par Martine Pavia/TLC-ATC.com
Avec le Dr Daniel Perrenoud, dermatologue.

Gêne physique, embarras psychologique, méconnaissance de ce spectre d’affection qui touche le visage, la rosacée et son corollaire la couperose font souvent souffrir en silence celles et ceux qui en sont atteints. À tort, car il est possible d’en contrôler l’évolution tout en corrigeant efficacement et durablement les rougeurs. Décryptage et conseils avec le Dr Daniel Perrenoud.

Mise au point

Vous avez des rougeurs sur les joues, des bouffées de chaleur en cas de changement de température brutal ou d’émotions intenses, des boutons rouges ou blancs ? Sans doute souffrez-vous de rosacée ou de couperose sans le savoir, à l’instar de Clint Eastwood, Renée Zellwegger et autres célébrités qui n’hésitent pas à parler publiquement de ces affections pour mieux vaincre les idées reçues qui circulent à leur sujet. Car, trop souvent encore, le sentiment prévaut qu’une personne atteinte de rougeurs est une menteuse qui a une mauvaise hygiène de vie, liée à une consommation d’alcool excessive. Eh bien non, qu’on se le dise, un teint rouge n’est pas lié à l’alcoolisme, comme le souligne le Dr Daniel Perrenoud, « la dilatation des réseaux sanguins du visage apparaît de manière indépendante de l’alcool, mais il est vrai que l’absorption momentanée de quantités minimes d’alcool va aggraver la pathologie ».

Rosacée

Ce spectre d’affection touche principalement les adultes de 30 à 50 ans en moyenne. Elle se manifeste sur la partie médiane du visage, joues, pommettes et nez. « On distingue généralement plusieurs phases, par degré de gravité. La plus bénigne se manifeste par une érythrose ou rougeur diffuse. Quand les vaisseaux fins sont dilatés et visibles de manière permanente, on parle de couperose. La phase suivante, inflammatoire, s’accompagne de la formation de boutons rouges ou blancs, c’est la rosacée. Il existe des formes particulièrement sévères, avec tuméfaction des kystes du nez, déformation et bourgeonnement de l’appendice nasal », comme nous l’indique le Dr Perrenoud. La rosacée est la phase inflammatoire de cette affection très gênante au quotidien, mais heureusement pas mortelle ! Selon Daniel Perrenoud, « elle est sans doute liée à un petit parasite présent sur la peau de tout le monde, qui se nourrit des graisses cutanées et provoque une sorte de réaction allergique des épidermes les plus sensibles ». On note aussi une prédisposition génétique et ethnique : la rosacée touche principalement les gens de type nordique, à peau claire, yeux bleus, cheveux blonds. Plus on va vers le sud de l’Europe, moins on note de cas de rosacée. Outre ces considérations géographiques, il existe une forme de rosacée liée à l’abus de pommades à base de cortisone. Ces abus peuvent induire une rosacée cortisonique, « fort rare heureusement, car il existe des contrôles dans la prescription du pharmacien », tient à préciser le Dr Perrenoud. À noter aussi : comme la rosacée s’accompagne volontiers de boutons rouges, souvent un peu blancs, avec du pus, elle ressemble à l’acné, d’où l’ancienne appellation d’ »acné rosacée ». Mais elle n’apparaît pas à l’adolescence, ses mécanismes ne sont pas les mêmes que ceux de l’acné, si bien que ce terme a été banni de la nomenclature dermatologique officielle !

Couperose

Lorsque l’affection touche essentiellement la microcirculation sanguine du milieu du visage, on parle alors de couperose. Elle se caractérise par des rougeurs diffuses, des vaisseaux finement dilatés, essentiellement sur les joues, les pommettes et le nez. Chez l’homme, ces vaisseaux peuvent être plus dilatés que chez la femme, prendre une teinte violacée, selon les termes du Dr Perrenoud, « un peu comme des ruisseaux, des ravines de la peau qui vont s’étendre jusqu’au bas du visage et près des oreilles de manière latérale ». Comme la rosacée proprement dite, cette affection est liée à un trouble de la régulation de la circulation sanguine dans les couches superficielles de la peau. Il faut savoir que les humains sont des êtres homéothermes, contrairement aux reptiles et aux insectes qui varient leur température corporelle de manière très importante. Ce qui n’est pas le cas des humains. Notre corps est caractérisé par toutes sortes de régulations automatiques de la chaleur, de manière à conserver une température constante de notre cerveau. La circulation sanguine du visage est en étroite relation avec celle du cerveau. Dixit Daniel Perrenoud, « le visage fonctionne un peu comme un radiateur, un système d’échange de chaleur avec l’extérieur. Quand on fait un effort physique, le visage devient rouge, car les vaisseaux faciaux se dilatent pour éviter que freiner l’augmentation de la température du cerveau. Inversement, si l’on est au froid, les vaisseaux se contractent, on devient pâle, notre corps préserve la chaleur pour maintenir une température adéquate au niveau du cerveau ». La rosacée comme la couperose induisent un relâchement indéniable de cette régulation, qui se traduit par une hypersensiblisation aux stimuli extérieurs : passage brutal du froid au chaud, exposition directe au soleil, consommation de mets épicés ou très chauds, consommation d’alcool, effort physique, application de cosmétiques alcooliques, émotions fortes… La répétition de ces flushs vasomoteurs est très désagréable à vivre au quotidien et provoque l’installation permanente des fameuses rougeurs disgracieuses. Le Dr Perrenoud nous donne un exemple extrême : « un repas épicé et bien arrosé dans un chalet surchauffé après avoir skié, voilà qui peut mettre au supplice une personne souffrant de couperose, car elle devient rouge pivoine » !

Traitements

La rosacée est une maladie inflammatoire qui se traite avec des crèmes contenant un antiparasitaire comme le métronidazole, qui peut aussi être utilisé par voie interne, mais il comporte alors des effets indésirables qui en limitent l’utilisation. Autre possibilité par voie orale, la prescription de tétracycline, un antibiotique utilisé en dermatologie pour traiter toute une série de maladies cutanées. Très bien tolérés, ces traitements sont étalés sur 2 à 3 mois. On peut aussi recourir à des brumisations d’eau thermale aux vertus apaisantes reconnues. Le traitement idéal de la composante vasculaire, autrement dit la couperose, fait appel au laser. Non ablatif, le laser vasculaire travaille par transparence pour coaguler les vaisseaux fins dilatés à la surface de la peau. Le traitement ambulatoire est inconfortable, mais pas vraiment douloureux, en général 2 à 3 séances permettent de « blanchir » complètement la peau. Comme le souligne le Dr Perrenoud, « on cherche à retrouver une certaine normalité. Une certaine roseur peut subsister, qui, si elle est légère, n’est pas gênante et donne bonne mine ». Les résultats sont durables, mais pas définitifs, une séance d’entretien tous les 1 à 3 ans permet de conserver le bénéfice du traitement.

/Encadré//
En Suisse, la rosacée motive 2 à 3% des consultations en dermatologie, un pourcentage infime eu égard à son large impact sur la population concernée.

/Encadré//
La rosacée est liée à un trouble de la régulation sanguine dans les couches superficielles de la peau

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/Marginalia/
« La rosacée présente un aspect inflammatoire qui ressemble à l’acné et un aspect vasculaire qui est la couperose ».

/Marginalia/
« la dilatation des réseaux sanguins du visage apparaît de manière indépendante de l’alcool, mais il est vrai que l’absorption momentanée de quantités minimes d’alcool va aggraver la pathologie ».

Bio Dermatologue Daniel Perrenoud//
Spécialiste FMH en dermatologie et vénérologie, le Dr Daniel Perrenoud est médecin associé au CHUV et à l’Institut romand de santé du travail. Dermatologue en pratique libérale à Lausanne, il possède une spécialité en dermatologie laser. Il a une pratique mixte de dermatologie : générale (cancers cutanés, chirurgie, allergie, photothérapie…) et soins esthétiques.
Vous pouvez le joindre via www.lasera.ch ou au 021 323 33 55

Source: Welless & Santé magazine